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Peut-on enfin mesurer l’impact environnemental d’une paire de lunettes ?

Une paire fabriquée en acétate recyclé est-elle forcément plus écologique qu'une monture traditionnelle ? Une paire produite en Europe est-elle préférable à une monture fabriquée en Asie ? Et comment prendre en compte sa durée de vie, sa réparabilité ou son éventuel reconditionnement ?

Dans l'optique comme ailleurs, les promesses environnementales se sont multipliées ces dernières années. Mais derrière les termes « responsable », « durable » ou « éco-conçu », comparer réellement l'impact de deux produits reste extrêmement difficile.

En 2026, l'industrie de la lunette commence justement à s'attaquer à ce problème : construire une méthode commune permettant de mesurer l'empreinte environnementale d'une paire de lunettes sur l'ensemble de son cycle de vie.


Une industrie qui manque encore de références communes

En mars 2026, l'alliance internationale Frame the Future a publié une étude consacrée à l'état de la durabilité dans le secteur de l'optique.

La Catalyst Study s'appuie notamment sur des entretiens approfondis menés auprès de 19 entreprises de la chaîne de valeur, parmi lesquelles Hoya, Safilo, Marcolin, Marchon, Mykita, Specsavers, Ace & Tate ou encore Mazzucchelli.

Son constat est intéressant : le problème de l'industrie ne serait plus seulement un manque d'innovations environnementales.

Des matériaux recyclés apparaissent, certaines marques travaillent sur l'écoconception, des initiatives de collecte se développent et des acteurs cherchent de nouvelles solutions pour la fin de vie des montures.

Le problème est désormais structurel.

L'étude identifie six grands freins à la transformation du secteur, parmi lesquels le manque de données comparables, la difficulté à vérifier certaines allégations environnementales, la pression sur les prix ou encore l'insuffisance des infrastructures permettant de gérer la fin de vie des produits.


Une monture « durable », mais selon quels critères ?

C'est probablement l'une des principales difficultés.

Aujourd'hui, une marque peut mettre en avant l'utilisation d'un matériau recyclé. Une autre une fabrication locale. Une troisième une réduction de son emballage.

Ces démarches peuvent toutes avoir un intérêt.

Mais elles ne permettent pas nécessairement de répondre à une question pourtant simple :

quelle paire a réellement le moins d'impact sur l'environnement ?

Pour le savoir, il faudrait pouvoir prendre en compte l'ensemble du cycle de vie :

  • l'origine et la production des matières premières ;

  • la fabrication de la monture et des verres ;

  • les traitements et finitions ;

  • le transport ;

  • l'emballage ;

  • la durée d'utilisation ;

  • les possibilités de réparation ;

  • le réemploi éventuel ;

  • et enfin la fin de vie du produit.

Un matériau présenté comme plus écologique peut par exemple nécessiter davantage d'énergie pour être transformé ou parcourir des milliers de kilomètres avant d'arriver chez le consommateur.

À l'inverse, une monture fabriquée avec un matériau conventionnel mais portée pendant quinze ans peut présenter un bilan très différent d'une paire remplacée tous les deux ans.


Vers une méthode européenne commune

C'est précisément ce que Frame the Future cherche désormais à construire avec différents acteurs de l'industrie.

L'alliance travaille au développement de Product Environmental Footprint Category Rules, ou PEFCR, spécifiquement consacrées aux lunettes.

Derrière cet acronyme assez technique se cache une idée plutôt simple : faire en sorte que toutes les entreprises mesurent l'impact environnemental de leurs produits selon les mêmes règles.

La méthodologie PEF développée au niveau européen vise à mesurer l'empreinte environnementale d'un produit sur l'ensemble de son cycle de vie.

Les PEFCR permettent ensuite de préciser cette méthode pour une catégorie particulière de produits.

Pour les lunettes, il faut donc déterminer collectivement ce qui doit être mesuré, comment le mesurer et quelles étapes du cycle de vie doivent être prises en compte.

Un premier atelier de cadrage a eu lieu en mai 2026 et les travaux doivent se poursuivre, notamment lors d'une réunion organisée à Paris pendant le SILMO en septembre.


Pourquoi cette méthode pourrait changer beaucoup de choses

L'intérêt d'une méthode commune ne se limite pas à produire un nouveau chiffre sur une étiquette.

Elle pourrait surtout permettre de comparer plus objectivement les produits et les démarches des marques.

Car sans référentiel commun, deux entreprises peuvent aujourd'hui utiliser des critères différents tout en présentant chacune leur produit comme « plus durable ».

Une méthodologie partagée permettrait de rendre les comparaisons plus crédibles, mais aussi de mieux identifier les étapes réellement responsables de l'impact environnemental d'une paire de lunettes.

Est-ce la matière première ?

La fabrication ?

Le transport ?

Les verres ?

Ou finalement la fréquence à laquelle nous remplaçons nos montures ?


Et la durée de vie dans tout ça ?

C'est évidemment cette dernière question qui nous intéresse particulièrement chez Oculus-Reparo.

Lorsqu'on mesure l'impact environnemental d'un produit, sa durée d'utilisation est fondamentale.

Une monture qui reste utilisée pendant dix ou quinze ans ne raconte pas la même histoire qu'une monture remplacée après deux ans.

Et une monture qui connaît plusieurs propriétaires encore moins.

C'est précisément le principe du reconditionnement : répartir l'impact de la fabrication initiale sur une durée d'utilisation beaucoup plus longue, plutôt que de fabriquer systématiquement un nouveau produit.

Une paire de lunettes reconditionnée existe déjà. Les matières premières ont déjà été extraites, la monture a déjà été fabriquée et une grande partie de son impact initial a déjà eu lieu.

L'enjeu consiste alors à lui permettre de continuer à être utilisée le plus longtemps possible.


Mesurer pour mieux choisir

Nous avons déjà évoqué sur ce blog les difficultés rencontrées par la filière optique pour organiser la collecte, le réemploi et le recyclage des lunettes.

Les travaux engagés en 2026 montrent néanmoins que le secteur commence à franchir une nouvelle étape.

Il ne s'agit plus seulement de déclarer vouloir devenir plus durable.

Il faut désormais être capable de mesurer, comparer et démontrer les progrès réalisés.

Et cette évolution pourrait aussi remettre une notion essentielle au centre du débat : la durée de vie.

Car avant de chercher la matière parfaite ou le procédé de fabrication idéal, l'un des moyens les plus simples de réduire l'impact d'un objet reste encore de l'utiliser plus longtemps.

 


 

En savoir plus

  • Frame the Future – « Frame The Future’s Catalyst Study Report »
    Étude publiée en mars 2026 à partir d'entretiens avec 19 entreprises de l'industrie de l'optique, consacrée aux principaux freins structurels à sa transformation environnementale :
    https://www.framethefuture.org/projects-1

  • Optometry Today – « Study maps challenges of sustainability in eyewear »
    Article du 25 mars 2026 consacré aux résultats de la Catalyst Study et aux six obstacles identifiés pour accélérer la transition de l'industrie :
    https://www.aop.org.uk/ot/news/2026/03/25/study-maps-challenges-of-sustainability-in-eyewear

  • Frame the Future – « Developing Eyewear Product Category Rules (PEFCR) »
    Présentation du projet visant à créer une méthodologie commune et scientifique pour mesurer l'empreinte environnementale des lunettes :
    https://www.framethefuture.org/projects-1

  • Frame the Future – « Workshop Eyewear PEFCR »
    Présentation de l'atelier du 19 mai 2026 consacré à la définition du périmètre et des principes de la future méthodologie environnementale pour l'optique :
    https://www.framethefuture.org/events

  • ADEME – « Que faire de mes lunettes ? Réparer, donner ou recycler »
    Page mise à jour le 16 mars 2026 sur les possibilités de réparation, de réemploi et de recyclage des lunettes et sur leur devenir lorsqu'elles sont jetées avec les ordures ménagères :
    https://quefairedemesdechets.ademe.fr/categories/lunettes/

 


 

Et maintenant que vous savez tout, il ne vous reste plus qu’à trouver votre future paire de lunettes reconditionnées en cliquant ici.