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La mode durable est-elle passée de mode ?

Pendant plusieurs années, la durabilité semblait être devenue incontournable dans la mode. Collections « responsables », matières recyclées, objectifs de réduction des émissions, engagements pour la circularité : presque toutes les grandes marques avaient intégré le sujet à leur communication et à leur stratégie.

Mais en 2026, le vent semble tourner. Sous la pression économique, plusieurs acteurs revoient leurs ambitions environnementales, tandis que les consommateurs continuent de privilégier largement le prix et la praticité.

Alors, la mode durable n'était-elle finalement qu'une tendance parmi d'autres ?


Quand la durabilité quitte le devant de la scène

Le Financial Times consacrait récemment un long article à ce retournement : « How sustainability fell out of fashion ».

Le constat est assez sévère. Après une période de multiplication des engagements environnementaux, certaines entreprises réduisent, repoussent ou abandonnent désormais une partie de leurs objectifs.

Inflation, pression sur les marges, concurrence de l'ultra-fast fashion : dans un environnement économique plus difficile, la durabilité semble parfois redevenir secondaire.

Et du côté des consommateurs, le paradoxe persiste : les préoccupations environnementales existent, mais au moment de passer à l'achat, le prix et la praticité restent déterminants.


Pourtant, l'urgence n'a pas disparu

Ce recul intervient alors même que les impacts de l'industrie textile restent considérables.

Dans l'Union européenne, environ 5 millions de tonnes de vêtements sont jetées chaque année, soit près de 12 kilos par personne.

Et malgré les progrès technologiques et les nombreuses annonces autour de la circularité, seulement 1 % environ des matières utilisées dans les vêtements sont aujourd'hui recyclées pour fabriquer de nouveaux vêtements.

Autrement dit, le discours sur la mode circulaire s'est largement développé, mais le modèle économique de l'industrie reste encore essentiellement linéaire : produire, vendre, consommer, jeter.


Quand les marques ralentissent, l'Europe accélère

Le paradoxe de cet été est particulièrement intéressant.

Au moment où certains engagements volontaires semblent perdre de leur vigueur, la réglementation européenne devient, elle, beaucoup plus concrète.

Depuis le 19 juillet 2026, les grandes entreprises n'ont notamment plus le droit de détruire leurs vêtements, accessoires et chaussures neufs invendus dans l'Union européenne.

L'enjeu est loin d'être anecdotique : la Commission européenne estime qu'entre 4 et 9 % des produits textiles mis sur le marché européen sont détruits avant même d'avoir été utilisés, soit entre 264 000 et 594 000 tonnes par an.

Les entreprises doivent désormais privilégier leur maintien en circulation : vente, don, réparation, reconditionnement ou réemploi.

D'autres transformations sont également engagées, notamment autour de l'écoconception, de la réparabilité et du futur passeport numérique des produits.

La durabilité est donc peut-être moins visible dans certaines campagnes publicitaires… mais elle entre progressivement dans les règles du jeu.


La mode durable était-elle seulement une tendance ?

C'est peut-être finalement là que se situe le problème.

Pendant plusieurs années, la durabilité a parfois été traitée comme une tendance marketing : une collection capsule, quelques matières recyclées, un nouveau vocabulaire et beaucoup de vert dans les campagnes publicitaires.

Mais une véritable transformation écologique ne peut pas dépendre de ce qui est à la mode cette saison.

Elle suppose de modifier des choses beaucoup plus fondamentales : combien nous produisons, combien de temps nous utilisons les produits et ce que nous faisons de ceux qui existent déjà.

Et sur ces sujets, les solutions sont souvent beaucoup moins spectaculaires.

Réparer. Réutiliser. Reconditionner. Faire durer.


Faire durer plutôt que promettre

Chez Oculus-Reparo, c'est précisément cette approche que nous avons choisie.

Notre ambition n'est pas de créer une nouvelle collection « durable » à côté des autres.

Nous travaillons avec ce qui existe déjà.

Chaque monture que nous reconditionnons a déjà été produite, transportée et utilisée. Notre travail consiste à la contrôler, la restaurer et lui permettre de poursuivre son histoire pendant plusieurs années supplémentaires.

Cela ne résout évidemment pas à lui seul l'impact environnemental de l'industrie de la mode ou de l'optique.

Mais cela repose sur une idée extrêmement simple : avant de chercher à produire un nouvel objet plus responsable, commençons par faire durer ceux que nous avons déjà.


Et si la mode durable devait justement cesser d'être à la mode ?

Peut-être faut-il finalement se réjouir que la durabilité sorte progressivement du registre des tendances.

Car une tendance, par définition, finit toujours par être remplacée par une autre.

La réparation, le réemploi, la seconde main ou le reconditionnement ne devraient pas dépendre de leur popularité du moment.

Ils devraient simplement devenir des réflexes normaux de production et de consommation.

La mode durable n'a donc peut-être pas besoin d'être à la mode. Elle a surtout besoin de devenir durablement la norme.

 


 

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